Chloé Sainte-Marie en spectacle
Chloé Sainte-Marie en spectacle (Photo: Pierre Dury)
Musique d’ailleurs, musique d’ici
Chloé Sainte-Marie est réputée pour toujours présenter de la musique des gens d’ici, y compris celle des Inuits et des Amérindiens. Eh bien cette fois-ci n’y fait pas exception! Son dernier spectacle, Je sais que tu sais, est entièrement chanté dans la langue des gens du Nord: l’innu.
Le spectacle, mis en scène par Brigitte Haentjens, est issu de l’album Nitshisseniten e Tshissenitamin, qui se traduit par Je sais que tu sais. La performance de Chloé Sainte-Marie, un tour de chant troublant mais rassembleur, transporte le spectateur dans l’univers du poète Philippe Mckenzie. Ce poète innu, adulé par sa communauté, se fait un devoir de chanter tout haut les réalités de son peuple, des petites joies aux grandes tristesses. Elle connait ce grand parolier de la Côte-Nord grâce à son conjoint Gilles Carle, lui-même métis. Tous trois ont collaboré au film La postière du défunt cinéaste, et Chloé Sainte-Marie rêvait depuis ce temps d’interpréter ses chansons. Pour elle, Philippe Mckenzie est un aussi grand artiste que les Gaston Miron ou Bob Dylan de ce monde.
Travail acharné
La chanteuse passionnée ne fait habituellement pas dans la demi-mesure. Elle nous le prouve encore une fois avec ce spectacle qui lui a demandé beaucoup de travail. Il a fallu neuf mois à Chloé pour arriver non seulement à maitriser la prononciation innue, mais aussi à comprendre cette langue ancestrale. Ce n’est pas une langue facile à maîtriser, mais Chloé Sainte-Marie ne s’est pas laissée arrêter par cet obstacle. Il était primordial de bien comprendre les textes afin de bien les interpréter. Pour y arriver, la chanteuse a sollicité l’aide de sa grande amie et poète Joséphine Bacon, alias «Bibitte». Cette femme de lettres autochtone est également l’auteure de deux textes qui se retrouvent sur Je sais que tu sais.
À l’heure actuelle, peu de personnes savent déchiffrer l’innu, mais il n’est pas du tout nécessaire de le comprendre pour apprécier le spectacle. L’harmonie des chansons, la mise en scène et l’interprétation puissante sont largement suffisantes pour transmettre le message. Chloé Sainte-Marie s’investit tant dans l’interprétation d’une chanson qu’elle nous touche assurément.
Du côté de la mise en scène, Chloé est d’abord habillée de rouge, elle revêt ensuite des vêtements blancs pour illustrer les difficultés du peuple autochtone puis la paix tant espérée. À sa performance s’ajoutent des vidéos tournées par le cinéaste Pierre Hébert.
Mais la chanteuse ne monte pas sur scène seule, deux multi-instrumentistes et fidèles complices l’accompagnent, soit Réjean Bouchard et Gilles Tessier. Les musiciens et les arrangeurs qui entourent la chanteuse ne sont pas partis de rien pour la musique de Mckenzie, ses textes étant déjà accompagnés de mélodies. Ils y ont ajouté une touche de folk, tout en conservant la sonorité traditionnelle de départ. Certaines pièces, très aériennes, ne sont jouées qu’avec la voix, le piano et le violoncelle.
Tisser des liens
Toute une démarche se cache derrière ce spectacle, dont le but avoué est de donner la parole aux Premières Nations. D’ailleurs, Chloé Sainte-Marie mentionne souvent avec fierté son ancêtre métis qui est jadis venu s’établir ici. Ce dernier a appris l’Algonquin et est devenu interprète pour mieux établir le dialogue entre Blancs et Amérindiens. Bâtir des liens entre les communautés est donc plus que dans la nature de l’artiste, c’est aussi dans son sang.
Pour l’interprète, bâtir un spectacle est aussi un formidable moyen de meubler son esprit après le décès de son compagnon Gilles Carle. S’approprier le répertoire de Philippe Mckenzie l’a tenue suffisamment occupée et l’a aidée à tenir bon.
Chloé qualifie son album d’organique, de sauvage et de viscéral. Quant aux critiques, ils ont encensé Je sais que tu sais à sa sortie. Valérie Lessard du journal Le Droit lui a accordé cinq étoiles et a affirmé que Cet album, c’est plus qu’un grand disque qui nous chavire, c’est l’œuvre sublime d’une artiste à la sensibilité vive
.
Abondance de talent
Chloé Sainte-Marie est en ce moment une chanteuse accomplie, mais c’est le cinéma qui la fait d’abord connaître. Pendant des années, elle sera en quelque sorte la muse de Gilles Carle, assurant un rôle dans plusieurs de ses films. Peu à peu, certains de ses projets cinématographiques la mettent sur la piste de la musique. À quelques reprises, elle aura l’occasion de jouer dans un film en plus de chanter sur la bande sonore. Elle finit par y prendre goût et décide de s’aventurer davantage sur le terrain musical en lançant son premier disque, L’emploi de mon temps.
Chaque fois salués par la critique, les disques qu’elle lancera par la suite sont toujours animés de la même force et reflètent le caractère unique de la chanteuse. C’est d’ailleurs peu surprenant qu’elle ait déjà remporté le Félix dans la catégorie «Album de l’année» pour son opus Je marche à toi.
En 2009, on lui remet le prix «Artiste pour la paix» pour le message d’harmonie et d’égalité entre les peuples que symbolise son album chanté dans la langage des Montagnais du Nord.
La série de spectacles qui débute représente pour elle sa plus ambitieuse tournée jusqu’à maintenant, puisqu’elle s’étendra sur quelques années et se transportera en France et en Suisse.







