L'étoile polaire

L’étoile montante Elisapie Isaac se produira en spectacle au Théâtre Granada (Sherbrooke), à la Salle Philippe-Filion (Shawinigan) ainsi qu'au Moulin Michel (Bécancour).

Sur scène, les musiciens Gabriel Gratton et Manuel Gasse disposent d’une grande variété d’instruments pour accompagner la voix chaleureuse d’Élisapie.

Poésie ancestrale

Celle que l’on surnomme la belle du Nord a lancé son premier album solo en septembre 2009. Lorsqu’on déplie la pochette du disque, la traduction du titre There will be stars en inuktitut donne tout de suite le ton: l’album propose un voyage au cœur de la culture innue.

Intitulé There will be stars, le disque était prédestiné à obtenir des étoiles. Les critiques de La Presse lui en ont d’ailleurs accordé quatre. Le CD comporte onze chansons qui nous transportent du Nunavik à Montréal. Elles sont chantées en inuktitut, en anglais, ou dans un mélange des deux langues. Il s’agit là d’un moyen formidable de garder vivante la langue de ses ancêtres.

Lorsqu’elle s’assoit pour écrire une chanson en inuktitut, Elisapie Isaac met à profit les métaphores déjà présentes dans sa langue. Cela représente pour la jeune femme un réel défi poétique. Ses origines amérindiennes forment souvent le cœur de ses textes, mais elle aborde aussi d’autres thèmes, comme l’amour, le désir ou les voyages.

La seule chanson en français «Moi, Elsie», vient couronner le tout. Elle a été travaillée tour à tour par Richard Desjardins et Pierre Lapointe, le premier a écrit les paroles et l’autre a composé la mélodie. Lorsqu’elle a demandé cette chanson, Élisapie avait en tête l’histoire d’une jeune femme innue abandonnée par un homme blanc. De cette idée lancée en l’air est née une superbe chanson, et la jeune interprète se l’est très bien appropriée.

Musique métissée

Élisapie Isaac ne se considère pas comme une guitariste émérite. Elle se sert toutefois de cet instrument pour mettre ses paroles en musique. Et ce sont des notes de folk qui lui viennent le plus naturellement au bout des doigts lorsqu’elle gratte la guitare. Mais les rythmes de l’artiste sont aussi teintés de pop, de rock et même de reggae, alors que des pièces sont davantage orchestrales.

La jeune autochtone appose sa signature à la majorité des textes et compose en grande partie la musique de l’album There will be stars. Elle se fie d’abord à son instinct pour écrire et composer. Elle a ensuite fait appel à ses musiciens pour peaufiner le tout. Les habiles arrangements de cordes qu’ils ont réalisés constituent l’une des grandes forces de l’album.

De Salluit à Montréal

Née à Salluit au Nunavik, Elisapie Isaac joint à 15 ans le groupe de musique local, appuyée par son oncle.

À 21 ans, elle rassemble son courage et va s’établir à Montréal. Son inscription en communication pour devenir journaliste marque la fin de plusieurs activités qu’elle adore, comme la pêche ou la chasse au caribou. Elle retourne toutefois encore souvent dans le Nord, histoire de ne pas oublier. En cela, elle écoute son grand-père qui lui a souvent répété que «pour éviter de se perdre, il faut toujours regarder d’où on vient».

Une fois débarquée dans la grande ville, elle fait une rencontre déterminante: Alain Auger. Ensemble, ils forment le groupe Taima et lancent un disque chanté en Inuktitut. L’album éponyme vaudra à ses deux créateurs un trophée Juno. Mais le processus de création du deuxième album leur fait réaliser que, leurs idées ne sont plus compatibles. La division du groupe se fait heureusement dans l’amitié et le respect. Encore aujourd’hui, Elisapie est reconnaissante du bagage que lui a apporté cette collaboration.

Saut dans le vide

Mariée au comédien Patrice Robitaille avec qui elle a une fille, sa maternité lui permet de faire le point. Un constat s’impose alors: elle aime trop l’ambiance grisante des spectacles et de la nuit pour arrêter. Cela la pousse à entreprendre une carrière individuelle. Elle rassemble alors assez de courage pour son nouveau projet: un album solo.

La chanteuse se lance dans cette aventure sans filet puisqu’elle n’a pas de concept précis en tête. L’arrivée de collaborateurs lui permet de pallier ce problème. Pour savoir où aller, le réalisateur Éloi Painchaud lui demande de faire l’inventaire de ses goûts musicaux. Le résultat, plutôt bigarré, oriente tout de même les musiciens.

Lors de son passage au Festival de la chanson de Tadoussac, les spectacles d’Elisapie Isaac ont été très populaires, à un tel point qu’il a fallu ajouter des supplémentaires.

L’artiste a plusieurs cordes à son arc: un instinct pour la création, une culture riche et un charme fou. Le succès l’attend indéniablement au bout du chemin.

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